ANECDOTES, RÉCITS

J'avais 21 ans...

... lorsque j’ai mis les pieds la première fois à Paris, en provenance de Lyon, ma province natale. Pour prendre des cours avec Mme Ancelin. Dès que j’entrai dans le hall du Conservatoire, j’entendis des sons merveilleux. Tellement merveilleux que je me demandais quel instrument cela pouvait être. Pas la flûte ! Impossible..! Trop beau ! J’étais subjugué et surtout impressionné. Mais je savais bien au fond de moi que c’était belle et bien la sonorité de la flûte…Je me suis assis sur un banc où il m’a fallu 2 bonnes minutes pour finir de me convaincre qu’il s’agissait bien de sons de flûte. Qui venaient bien de la salle de gauche où je devais venir me présenter. J’ai pris peur. J’ai voulu rentrer tout de suite à Lyon. Peur du ridicule. Peur de ce nouveau monde. J’ai eu besoin de 15 minutes encore pour me forcer à entrer dans la salle, après avoir géré mes sueurs froides : le prix de billet de TGV et les sommes engagées représentaient beaucoup d’argent pour ma mère. Je ne pouvais décemment pas abdiquer. Je me suis présenté devant la salle, j’ai frappé, je suis entré. Et ce que j’ai entendu en « direct » a changé ma vie…

   

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Après de brèves présentations d'usage...



..., je me suis assis et j’ai écouté les différents élèves. Mon niveau était très nettement inférieur à ce que j’entendais… 1 heure après, mon tour est venu. Ce fut assez bref. En à peine 2 minutes, Mme Ancelin, une femme radieuse et dotée d’une grande force vitale, m’a fait comprendre que je ne pouvais pas intégrer le Conservatoire. Que je n’avais absolument pas le niveau. Je vous passe les détails, mais je l’ai implorée littéralement en lui disant avec force « Faites-moi confiance Madame ! S’il vous plait, faites-moi confiance ! Vous ne le regretterez pas ! » Elle a accepté. Et m’a fixé un nouveau rendez-vous probatoire 1 mois après.
 

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J'ai travaillé...

 

 

... d’arrache-pied. Gammes, arpèges, doigtés, exercice de mécanisme, posture, sons, études, souffle… Je n’avais comme guide que les conseils de ma professeure à Lyon, mais surtout ce que j’avais entendu au Conservatoire à Paris. J’ai jubilé devant mes progrès. J’ai pleuré devant mes défaites. J’étais animé par une force phénoménale. Un mois après, je me présentai de nouveau devant celle que j’admirais déjà pour l’avoir entendue une seule fois. Je lui ai joué les morceaux qu’elle m’avait donnés à étudier. Elle s’agitait, souriait, levait les bras au ciel. Elle m’a demandé d’arrêter et de poser ma flûte. Elle m’a serré dans ses bras très fort, elle trépignait, riait. Elle m’a dit « Toi, au moins, tu tiens parole ». Elle a rajouté un truc comme « Ce que tu viens de faire est prodigieux ». Une fois la séance terminée, je suis sorti. Je me suis assis dans un square. Et je me suis effondré. J’ai beaucoup pleuré. Moi, l’enfant de la « cité », j’entrais enfin au Conservatoire ! De Paris !

Ne jamais renoncer.

Persévérer.

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La cité...

... dans laquelle j'ai grandi était, c'est le moins que l'on puisse dire, mal famée. Même la police n'y entrait qu'en cas de force majeure...

Rentrer le soir était toujours délicat, voire dangereux. Surtout avec ma flûte, ou mon violoncelle. De l'arrêt du bus à mon bloc HLM, il fallait emprunter une route sombre. Puis longer une cité encore plus "chaude" que la mienne. La stratégie était de mise : prendre le trottoir d'en face, c'était montrer qu'on avait peur. On était donc sûr de se faire aborder par une bande. Passer sur le trottoir de cette cité sensible en baissant les yeux était une mauvaise idée : là encore, cela était pris pour de la peur et se soldait trop souvent par des ennuis. Il fallait donc passer tout près de ces "bandes" la tête haute. Leur répondre éventuellement le plus brièvement possible sans réagir à leurs agressions verbales. Et les regarder droit dans les yeux l'espace d'une seconde. Surtout pas plus. Car un mot mal choisi ou un regard trop insistant était pris pour une provocation et ça finissait mal. Une fois la zone "dangereuse" dépassée, il fallait respecter une règle simple : ne pas se retourner... Sauf exception, mais ça, c'était une question de sixième sens. Bref, il fallait beaucoup de "doigté" et de diplomatie.

Arrivé dans ma cité, restait à espérer qu'une autre bande ne se trouve pas assise juste devant l'entrée de ma cage d'escalier...

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